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LE BRÛLEMENT DE MONTEILS ET DE MONS

AD34, C184.252

Informations faites à l'instance du procureur du Roy en la commission contre Antoine Aberlenc du mas de Barjac paroisse de Monteils et autres

Du samedy quatorziesme avril mil sept cent trois dans la ville d'Alais maizon et pardevant nous Jean de Bertrand sr de la Bruguière docteur en droit Commissaire subdélégué par monseigneur le Comte de Basville Conseiller d'Estat ordinaire Intendant du Languedoc, heure de deux après midy

Louize Esperandieue filhe d'Estienne Esperandieu du lieu de Mons, agée comme a dit de vingt deux ans ou environ tesmoing assignée devant nous, après avoir promis et juré de dire vérité la main mize sur les saints évangiles


église de Monteils

A désnyé les généraux interrogatoires duement enquise dépoze estre veritable que le mardy sixiesme février dudit mois, estant au lieu de Monts dans la maison de Théodore Martin environ les neuf a dix heures de matin, elle y vit arriver une grande troupe de scélérats composée d'environ cinq ou six cents hommes, partie armés de fuzils ou pistolets, et l'autre partie de faux, aches et tridans de fer au bout de longues perches, parmy laquelle troupe il y avait six hommes à cheval qu'elle ne cogneu pas, à la réserve d'Anthoine Martin fils de Théodore dudit Montz, lesquels scélérats conduisoient le nommé Estienne Viala ancien catholique vallet du sr de Malérargues lié et garotté avec des cordes, ayant vu que Antoine Aberlenc du mas de Barjac paroisse de Monteils autre vallet du sr de Malérargues estait a la teste de lad troupe armé d'un fuzil qui fit ranger toute ladite troupe en brigades pour les faire manger et boire, ayant encore vu que ledit Aberlenc et autres scélérats de ladite troupe allèrent dans les maisons de André Job, Antoine Besse, Paul Job et Estienne Esperandieu père de la déposante, et du nommé Cabrieres antiens catholiques dudit lieu, d'où ils apportèrent du pain, du vin, du lard, des poules et d'huiles, et menèrent attachés avec des cordes ledit Besse, sa femme, la femme dudit Paul Job, que lesdits scéllérats conduisirent avec ledit Viala au devant la porte de l'église dudit lieu ou était pour lors le commandant de ladite troupe, ayant ensuite vue que partie d'iceux mangèrent dans la maison dudit Théodore Martin, et que le reste mangea hors ladite maison, estant au devant d'icelle, auxquels ledit Aberlenc porta du vin qu'il avait pris dans les maisons des susdits anciens catholiques et les fit boire, et ledit Aberlenc mangea et bu avec eux, après quoy toute la troupe desdits scélérats s'assembla au devant l'église dudit lieu ou ledit Aberlenc était portant son fuzil, ou ils chantèrent des pseaumes et ensuite enfoncèrent la porte de l'église et y mirent le feu [en marge : et entrèrent dans ladite église et y firent entrer les susdits Besse, sa femme, la femme du susdit Paul Job et ledit sr Viala], ayant ouy de l'endroit ou elle était audit lieu que lesdits scélérats tirèrent des coups de fuzils dans ladite église, et après que lesdits scélérats se furent retirés, elle alla à ladite église et trouva qu'on avait brulé le tabernacle, le confessionnal, les bancs, les tableaux, la croix, et qu'on avait brisé la pierre sacrée de l'autel et les fonts baptismaux, et vit partie des cadavres desdits Besse, sa femme, la femme de Paul Job et Viala qu'ils avaient attachés brulés, ayant vu sur le reste de leurs corps les ouvertures des balles des coups de fuzils qu'on leur avait tiré, ou des coups de baionnettes qu'on leur avait donné, ayant encore vu que ledit Théodore Martin fit le poil a quelques uns de la troupe desdits scélérats et qu'ils changèrent de chemises blanches dans sa maison, ayant encore reconnu a ladite troupe des scélérats Espérandieu de Monteils avec ses deux filhes lesquels commensèrent a entonner des pseaumes, deux fils d'Antoine Solairol cadissier de Monteils, l'un marié à Uzès s'appelant Jacques Solairol et l'autre Antoine Solairol demeurant avec son père audit Monteils, les deux fils de Dumas dit Vivarès dudit Monteils, Jean Reboul fils de Reboul dudit lieu, Claude Arnassan fils du mas de Barjac marié à Vézenobre, les deux fils de Brunel demeurant au logis du Cheval Vert appartenant au nommé Guiraud dans la paroisse de Vézenobre, le fils de Cavalier du mas d'Atgier paroisse dudit Vézenobre, Jean Barrafort du lieu de Montèzes paroisse de Saint-Cristol, le nommé Bélin du lieu de Baron, le fils de Monnezan dudit Mons, Guillaume Julian, la mère dudit Julian, Israel et Julien Desbaux, la femme dudit Julien, Pierre Felgeirolles, sa femme, Jean Felgeirolles, son fils marié et thomette Felgeirolles, ses enfants dudit lieu de Mons, le nommé Charles du lieu de St Maurice, filleul du sieur de Meyrières, demeurant par intervalle au chateau dudit Mons, qui conduisirent partie des scélérats dans les maisons anciennes catholiques dudit lieu avec françoise Martin et le fils de Jean Martin, ayant reconnu encore à ladite troupe deux fils dudit Théodore Martin, nommés savoir l'ainé Antoine qui était monté sur un cheval rouge comme elle a ci dessus dit et Thomas Martin son frère, laquelle troupe de scélérats en partant dudit Mons allèrent du coté du lieu de Cellas et plus n'a dit, lecture faite de sa déposition a dit contenir vérité, persisté en icelle et n'a su signer [signé : La Bruguière cons]

[ajout en marge : Depose encore qu'environ la fin du mois de Xbre dernier ayant rencontré ledit Aberlenc qui venait de la chasse et qui portait deux perdrix et un lièvre, elle dit audit Aberlenc qu'elle le trouvait fort triste, sur quoi ledit Aberlenc lui dit qu'il le pouvait bien etre à ce qu'il venait de voir de terribles choses, que les scélérats avaient tué le sr Bimard capitaine de bourgeoisie et plusieurs soldats, et que le sr de Malérargues son maitre l'avait vu de même que lui]

Marie Job, fille de Paul Job du lieu de Mons, agée comme a dit de dix neuf ans ou environ, témoing assignée devant nous, après avoir promis et juré de dire la vérité la main mize sur les saints évangiles
A desnyé les généraux interrogatoires, devenant enquise dépose estre véritable qu'étant au lieu de Mons le sixième février dernier environ les neuf heures du matin elle vit arriver audit lieu une grande troupe de scélérats ce qui l'obligea de fuir pour n'être pas tuée par eux étant antienne catholique, comme lesdits scélérats avaient tué beaucoup d'autres anciens catholiques, et en fuyant elle vit de

église de Mons

loing six ou sept hommes à cheval à la tête de ladite troupe, et reconnut Marie Felgeirolles dudit Mons, et Marie Julian veuve du nommé Canonge du lieu de Cellas qui vinrent audit Mons avec ladite troupe de scélérats, croyant encore avoir vu Antoine Aberlenc vallet du sr de Malérargues du mas de Barjac paroisse de Mons et qui marchait avec ladite troupe, et portait un habit café, ayant vu deux ou trois mois auparavant que ledit Aberlenc portait un habit de la même couleur, et la déposante ayant apris le même jour sixième dudit mois de février sur le soir que ladite troupe de scélérats s'était retiré dudit Mons et qu'ils avaient brulé l'église dudit lieu, tué sa mère, led antoine Besse, sa femme et Estienne Vialat valet du sr de Malérargues, antiens catholiques, et qu'on les avait brulé dans ladite église, elle y accourut de l'endroit ou elle s'était cachée, et étant arrivée à ladite église, elle y vit la teste de sa mère percée de deux balles, et son estomac de huit coups de baionnette, elle vit aussi ledit Antoine Besse sa femme et ledit Viala morts dans ladite église qu'ils avaient dépouillés, ayant oui dire le lendemain à Louise Espérandieu que ledit Antoine Aberlenc était venu audit Mons avec ladite troupe de scélérats, et qu'il avait passé devant la maison de la déposante avec ladite troupe, et plus n'a dit lecture faite de sa déposition, a dit contenir vérité, persisté en icelle et n'a su signer

[signé : La Bruguière]

Michel Chapier fils de Jaques Chapier baille du lieu de Monteils, agé comme a dit de vingt cinq ans ou environ, témoing assigné ainsi qu'a fait aparoir de sa copie a promis et juré de dire vérité la main mize sur les saints évangiles

A desnyé les généraux interrogatoires, devenant enquis dépose estre véritable que le dix septième janvier dernier environ les neuf a dix heures du matin estant au lieu de Monteils et à la fenestre de la maison de Jaques Solairol son beau frère il vit passer au devant de ladite maison neuf ou dix hommes armés partie de fuzils et les autres d'épées ou sabres qui marchaient de deux à deux, à trois ou quatre pas de distance les uns des autres parmi lesquels le déposant reconnut Antoine Aberlenc valet du sr de Malérargues lequel Aberlenc dit à celui qui était un rang avant que lui d'aller à la maison du nommé Reboul cordonnier dudit Monteils, et ledit Aberlenc et autres prirent le chemin de la maison dudit Reboul, et peu après il entendit chanter à la place des pseaumes et reconnut à la voix qu'il fallait qu'il y eut une grosse troupe de gens, ce qui l'obligea de sauter du toit de la maison dudit Solairol son beau frère et se jeta dans la basse cour de Espérandieu Audibort où il se cacha dans la crêche de ladite maison, et se jeta plusieurs fagots de sarments sur luy, ayant ouy qu'on donna plusieurs coups contre quelque porte ou fenestres dans ledit lieu, et environ deux heures après n'ayant plus entendu du bruit il sortit de ladite creiche et alla du costé de la place dudit lieu ou il trouva que les scélérats avaient brûlé l'église dudit lieu, et vit ensuite qu'on avait mis le feu aux greniers à foin de la maison de son père ou étant allé il trouva que les scélérats avaient tué Isabeau Chapier sa soeur, le nommé Vigouroux dudit Monteils, la femme d'Antoine Le Vieux consul, et un masson d'Alais tous anciens catholiques, qu'ils les avaient jetés après les avoir tués dans le feu dudit grenier à foing de sadite maison et qu'ils étaient presque tous brulés, et plus n'a dit, lecture faite de sa déposition a dit contenir vérité en icelle et n'a su signer

[signé : La Bruguière]

Jaques Solairol cardeur du lieu de Monteils agé comme a dit de trente ans ou environ témoing assigné devant nous après avoir promis et juré de dire vérité la main mize sur les saints évangiles

A desnyé les généraux interrogatoires, devenant enquis dépose estre véritable que le dix septième janvier dudit mois étant dans sa maison audit Monteils il entendit du bruit du coté de la rue, et s'étant mis à sa fenetre il y vit au devant de sa maison cinquante ou soixante scellerats attroupés, armés de fuzils, pistolets, epées et aches, ayant reconnu parmi ladite troupe Antoine Aberlenc du mas de Barjac parroisse dudit Monteils qui portait un mouchoir ou une coiffe sur la teste quy dit tels mots de deça a la maison du cordonnier, et dans le même temps ledit Aberlenc et toute ladite troupe prirent le chemin de la maison dudit cordonnier. Le déposant ayant reconnu que c'était une troupe de scellerats, il se retira de sa maison, et en passant par les rues dudit lieu il trouva plusieurs scélérats en nombre de trois cents pour le moins, l'un desquels le voulut arreter, mais lui ayant dit qu'il allait chercher une cornue pour faire boire des gens qui étaient venus dans sa maison, ledit scellerat le laissa passer, et ensuite le déposant s'alla cacher dans la maison de Jean Gazaigne dudit lieu dans une cuve de pierre ou il resta pendant deux heures et jusques a ce qu'il n'entendit plus de bruit dans le village, et ensuite étant allé à sa maison il trouva que lesdits scélérats lui avaient pilhé sa maison, et étant allé à l'église, il trouva qu'ils avaient brulé ladite église, et de la étant allé à la maison du sieur Chapier bailhe son beau père il trouva aussi que lesdits scélérats avaient brulé le grenier à foing dudit Chapier son beau père dans lequel ils avaient fait bruler quatre personnes antiennes catholiques nommés Jaques Vigouroux, catherine Legat femme d'Antoine Le Vieux consul dudit lieu, un masson de Vézenobre et Isabeau Chapière sa belle soeur, et plus n'a dit, lecture faite de sa déposition a dit contenir véritté, persister en icelle et s'est signé

[signé : Soleirol, La Bruyère cons., et une autre signature illisible]