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Journal
du curé Mingaud

 

JOURNAL DU CURE MINGAUD
Tenu au cours de la période, juillet 1702 à mai 1724
(Transcription du document original conservé aux archives départementales de la Lozère)


Entre 1702 et 1724, le curé Mingaud en charge de la paroisse de St-Etienne-Vallée-Française (Lozère), a tenu un journal écrit de sa main, au verso de l'un des registres d'état civil de la commune. Ce journal, qui a un incontestable intérêt historique, fait un compte rendu des évènements survenus dans les Cévennes, après la révocation de l'Edit de Nantes. Pour un lecteur simple amateur de l'Histoire, le déchiffrage de ce document manuscrit est d'une lecture difficile. Il existe heureusement une transcription, incluse dans un ouvrage de Gustave de Burdin paru en 1846, et intitulé " Documents historiques sur la Province du Gévaudan ". Mais la transcription Burdin a un double inconvénient, elle ne reproduit pas intégralement le texte du curé Mingaud, et surtout comporte de nombreuses erreurs, qui en diminuent l'intérêt. Il a donc paru utile d'établir une nouvelle transcription du journal, à partir de l'original conservé aux Archives Départementales de Lozère (consultables sur Internet à la rubrique EDT 148 GG article 9). La nouvelle transcription utilise en partie celle de Gustave de Burdin, mais en corrige toutes les coquilles identifiées, et la complète des passages oubliés. Elle s'appuie en outre, sur une bibliographie traditionnelle de la Guerre des Cévennes, principalement l'ouvrage monumental d'Henri Bosc, outre des livres plus récents, comme le dictionnaire des Camisards de Pierre Rolland etc.…

Concernant l' orthographe, il eut été envisageable de recourir à celle en usage au 18e siècle, d'ailleurs plus ou moins bien respectée par le curé Mingaud, mais il a paru plus judicieux, dans un souci de clarté, d'employer seulement l'orthographe contemporaine, cela tant pour les noms communs, que les noms propres.

Le résultat obtenu devrait permettre un accès plus facile au lecteur, même s'il peut subsister encore quelques erreurs, surtout imputables à de rares difficultés de déchiffrage d'une partie des écrits du curé Mingaud. Cette nouvelle transcription, n'a toutefois pas la prétention de remplacer la consultation du manuscrit original, tant auprès des historiens de profession, que des amateurs, qui préféreront voir de leurs yeux, ou tenir entre leurs mains le manuscrit, authentique, témoin toujours vivant d'une époque passée.
En définitive, considéré dans son entier, ce journal ne donne pas du curé Mingaud le portrait d'un ecclésiastique indulgent et bienveillant, voire protecteur des adeptes du protestantisme, comme il est parfois dépeint dans certains écrits récents. Certes cette bienveillance existe, mais elle paraît très partisane, et réservée de préférence aux repentis, très rarement à ceux qu'il appelle les obstinés ou opiniâtres.

Jacques THEULLE , le 11 avril 2008 à Toulouse.

NOTA : Les paragraphes, phrases, ou les mots en italiques dans le texte, sont soit des parties oubliées, soit des erreurs relevées dans la transcription de Gustave de Burdin, par comparaison au manuscrit original du curé Mingaud. Dans les notes de bas de page, il n'a pas paru nécessaire de présenter les personnalités très connues de cet épisode (Cavalier, Rolland, de Montrevel, de Bâville, etc…).


- M. l’abbé du Cheyla 1 L’an mil sept cent deux, et le vingt-quatrième jour du mois de juillet, noble François de Langlade du Cheyla, diocèse de Mende, inspecteur et archiprêtre des Cévennes de Mende, recommandable non seulement par son esprit extraordinaire, qu’il avait cultivé par les belles lettres, mais encore par son zèle infatigable pour le salut des âmes, qui lui avait fait traverser les mers, pour annoncer l’Evangile dans le royaume de Siam, et qui l’avait attaché aux Cévennes de Mende pendant quinze ans, pour travailler à la sincère conversion des nouveaux convertis, fut martyrisé pour la foi au Pont de Montvert, la veille de St. Jacques apôtre, environ sur les dix heures du soir, par une troupe de scélérats fanatiques, lesquels ayant projeté une sédition, avaient résolu de faire mourir tous les prêtres et tous les bien convertis, qui ne voudraient pas se joindre à leur troupe, et faire prêcher des ministres dans toutes les églises. Ils crurent de pouvoir venir facilement à bout de leurs pernicieux desseins, s’ils commençaient par le chef de tous les prêtres de ce pays, qu’ils regardaient avec raison comme le fléau de leur secte détestable.

L’impie roturier, nommé Esprit Séguier 2 de la paroisse de Cassagnas, insigne par ses crimes, et surtout par ses impuretés, ayant quitté sa femme depuis un an, pour entretenir un commerce scandaleux avec une malheureuse qui le suivait, était le prédicant de cette bande ; il tombait, tremblait, écumait, sanglotait, etc., et après tous ces mouvements, il prononçait ce qu’il prétendait lui avoir été inspiré par le Saint-Esprit. Tous ceux de l’assemblée écoutaient ses paroles comme des oracles, et tâchaient de les exécuter fidèlement. Dans toutes les assemblées, ils se trouvèrent plusieurs fanatiques qui prophétisaient, mais il était le plus distingué de ces montagnes. Cette troupe tumultueuse alla fondre tout à coup, sur la maison où était logé ce saint missionnaire, avec des cris effroyables, enfoncèrent la porte, brisèrent l’autel où ce saint prêtre avait offert le même matin le sacrifice du corps de Jésus-Christ, et où il avait sans doute offert le sien en holocauste ; mirent le feu à la chapelle après avoir enlevé le calice, et craignant de monter à la chambre au dessus de la chapelle où était cet inspecteur, y mirent le feu. Ce saint prêtre sachant que les armes des ecclésiastiques sont la prière, défendit à ses deux valets de tirer, voyant qu’ils étaient en défense ; se retira dans un cabinet où il les entendit en confession, et y pria jusqu’à ce qu’ayant une partie du corps brûlée, il essaya de se jeter d’une fenêtre en bas, où ces scélérats se ruèrent sur lui comme des loups sur une brebis, le conduisirent sur le pont avec des grands cris de joie, le traitant de « bougre », « chien » et autres injures atroces, lui promettant la vie s’il veut se ranger de leur parti et prêcher avec eux ; il les regarda d’un œil d’indignation (car dans toutes ses conversations et même ses prédications, qu’il faisait jusqu’à quatre fois par jour, dans ses visites fréquentes, allant de paroisse à paroisse, il ne pouvait s’empêcher de témoigner l’horreur et l’aversion qu’il avait pour l’huguenotisme 3 et pour le fanatisme).
« Vous ne me connaissez pas sans doute » leur dit-il « quelle doctrine prêchez-vous, pour me proposer de la suivre ? Je ne vous demande que le temps de faire un acte de contrition ».
Ce que Dieu, qui ne lâchait la bride qu’autant qu’il voulait à leur rage lui accorda. Que cet acte dut être parfait ! Ils lui tirèrent deux ou trois coups de fusil dans le ventre et aux reins ; ce saint prêtre voulant sans doute lever les mains au ciel pour prier, on lui coupa le poignet de la gauche, ne tenant que la peau, et les quatre doigts de la même main furent à demi coupés d’un autre coup de sabre ; ce beau corps fut percé de coups de poignards, comme celui de St. Sébastien fut percé de flèches. Tous ces malheureux voulant avoir part à cette action barbare, piquaient de le percer à l’envie ; sa tête était si meurtrie, que le curé de St. Etienne (qui écrit ces choses devant Dieu, qui sait qu’il ne ment point en cette occasion), voulant lui mettre une coiffe, trouva qu’en prenant les cheveux on levait des lambeaux de peau qui ne tenaient à la tête que par le sang figé. Ils avaient surtout affecté de déchiqueter la couronne, que ce saint prêtre avait fait gloire de porter depuis sa prêtrise, aussi bien que l’habit ecclésiastique, avec tant de fidélité… On lui avait encore percé les lèvres qui avaient si souvent annoncé les vérités évangéliques ; je peux rendre un témoignage fidèle de ces blessures, puisque j’ai eu l’honneur de vêtir ce bon ami des habits sacerdotaux, suivant la rubrique, comme il m’avait souvent dit pendant sa vie, et recommandé.

- Comme pasteur des âmes, il avait un soin tout particulier d’orner les églises. Il repaissait ses ouailles de la parole de Dieu, non seulement dans l’église, mais encore dans les villages, où il allait faire le catéchisme, et trouvant quelque berger, ou personne grossière de la campagne, il tâchait de l’instruire en langue vulgaire 4 des principes de notre Sainte Religion, et des obligations de son état. Il tâchait de leur donner bon exemple en tout. Il allait les visiter lui même, étant malades, et leur donnait les sacrements, faisant voir sa libéralité en secourant les pauvres, du linge, de viandes pour les bouillons, et autres choses nécessaires. En l’an 1691 le mois de décembre, y ayant 80 malades dans la paroisse de St. Croix, et ne pouvant y aller lui même, y envoie sieur Castanet, à présent prieur des Balmes, et celui qui écrit ces choses pendant un mois, envoyant toutes les semaines plusieurs moutons, des volailles, du salé en profusion, et du linge pour secourir ces pauvres malheureux.

- Comme archiprêtre et inspecteur, il témoignait un zèle et un travail infatigable, étant dans un mouvement perpétuel, ayant des entrailles de père pour tous ceux qu’il voit être dans le sentiment de se corriger, et étant ferme à l’égard des obstinés. On lui avait souvent dressé des embûches, qui ne l’empêchaient jamais d’agir, et il disait souvent par un principe d’humilité, qu’il se croyait perdu, à moins que Dieu ne lui fit la grâce de mourir pour le soutien de la foi qu’il annonçait. Il était le père de tous les prêtres et ecclésiastiques, qu’il corrigeait d’une telle manière, que ses avertissements étaient toujours bien reçus. Il les recevait tous indifféremment dans sa maison, avec une cordialité et charité sans égale, se faisant un plaisir singulier de bien les nourrir. Se disposant de les recevoir à toutes les conférences ecclésiastiques, sans qu’il voulut jamais recevoir d’eux aucune rétribution. Il avait une tendresse toute particulière pour les bons ecclésiastiques, qu’il tâchait de placer dans les bénéfices. Il souhaitait si fort de remplir ce pays de bons prêtres, que se confiant à la divine providence, il fit un séminaire de sa maison à St. Germain, qu’il entretint plusieurs années, et l’aurait encore entretenu, si le démon envieux d’un si grand bien, n’eut suscité des oppositions qui furent insurmontables.

Il y avait environ 30 enfants, nouveaux convertis des Cévennes, et autant des ecclésiastiques, qu’il tenait à une pension très modique, et plus de vingt ne payaient point : il était le premier à garder les règlements, tant que les occupations de son emploi lui permettaient de rester. Il y appelait les curés pour la retraite annuelle : et voulait avoir un second qui put conduire la maison en son absence, ne fit pas de difficultés, de se dépouiller en faveur d’un prêtre, d’un seul bénéfice simple de cent écus qu’il avait eu de son oncle.
Quoiqu’il fit du bien au général et au particulier, Dieu qui ne voulait pas le récompenser en ce monde, permit qu’il eut des oppositions étranges pour le bien qu’il faisait. Les affronts qu’on reçoit des méchants font souvent honneur, mais ceux des gens de bien constitués sont très sensibles. Cet abbé eut des oppositions des gens du commun, et des personnes du premier rang, ayant plusieurs fois envoyé à la Cour des mémoires infâmes contre sa conduite, l’accusant des crimes les plus noirs. Les ecclésiastiques qu’il avait élevés gratis dans son séminaire, lui ont fait une cruelle guerre, sans que jamais il ait désisté de ses entreprises, ni de rendre le bien pour le mal, dans toutes les occasions. Il donnait tout son bien, et on l’accusait de piller le public. Il aurait pu amasser de l’argent pendant quatorze ou quinze ans de son inspection, et à sa mort, il ne s’est pas trouvé un seul écu pour son enterrement, les cinq cents écus qu’il lègue aux pauvres, devant se prendre sur sa maison, et les huit lits garnis pour les pauvres de St. Germain, sur ses meubles. Il mourut âgé d’environ soixante ans, et fut enterré dans le tombeau qu’il s’était fait bâtir à l’église de St. Germain, ce tombeau est double, et il fut mis dans celui qui est le plus proche de la chapelle de St. Joseph, à la gauche en entrant au chœur. J’ai omis qu’il employait son génie à accommoder les procès de tout ce pays, Dieu lui avait donné un talent tout particulier pour cela.

- Je n’ose pas entreprendre de rien dire de ses vertus héroïques. Elles sont connues au public. Comme prêtre il récitait offices et célébrait la sainte messe, avec une dévotion exemplaire. Il avait tant de soin de conserver sa chasteté si essentielle à cet état, qu’il ne regardait jamais en face aucune femme, ni fille, et quoiqu’il fut si agré dans les conversions 5; d’abord qu’il y avait des personnes du sexe, il paraissait tout interdit et stupide ; et sachant que le vin allume la concupiscence, il ne faisait ordinairement que rougir l’eau 6; craignant avec St. Paul d’être damné en prêchant aux autres, il châtiait rudement son corps, non seulement par des voyages à pied, lorsque ses forces lui permettaient pendant les quatre ou cinq premières années de sa mission, mais encore par une cilice et de fréquentes disciplines : je l’avais souvent surpris dans ces actions de mortification. Il jeûnait très souvent dans les avents, les vendredi et samedi ; il avait une dévotion particulière à la très Sainte Vierge, à l’honneur de laquelle il récitait son chapelet tous les jours. Sa charité était admirable. Je lui ai vu tirer ses habits de dessous pour en revêtir les pauvres, il ne connaissait point d’action de charité dans laquelle il ne voulut entrer avec une libéralité magnifique…7

- M. le curé de Frutgères Le 25 juillet 1702, cette même troupe passa par Frutgères 8, tua M. Reversat, curé dudit lieu, pilla et brûla sa maison, renversa les autels et emporta les ornements de l’église.

- M. de Boissonade, curé de St. André de Lancize Le 27 dudit mois, ils furent à St. André de Lancize, firent leur possible pour brûler l’église, qu’ils pillèrent après avoir renversé les autels et brûlé les croix ; pillèrent pareillement la maison de messire Jean Boissonade, curé dudit lieu ; montèrent au clocher où ils trouvèrent ce saint prêtre entendant en confession Jean Parent, acolyte, son maître d’école, qui se préparait à la mort. Ils jetèrent ce saint pasteur du clocher en bas, lui coupèrent le nez avec toutes les lèvres du dessus, lui coupèrent une mâchoire, lui appuyèrent le fusil au col, pour lui couper la gorge et lui brûler le visage avec la poudre. Il avait plusieurs autres coups de fusil de fusil et de dagues par tout le corps, que je n’eus pas le temps de vérifier, craignant que ces scélérats, qu’on disait être encore sur la montagne qui domine le lieu, ne descendissent. Nous l’enterrâmes vers le milieu de la nef de son église.
J’avais connu ce saint martyr fort particulièrement, pendant mes études de théologie et pendant le temps de son séminaire, qu’il fit dans la maison de l’illustre abbé du Cheyla, où il prit tous ses ordres. Il me servit de sous-diacre à la messe de l’enterrement de notre père abbé, et le soir en nous quittant et nous embrassant à St. Germain, il me dit les larmes aux yeux, qu’il s’estimerait heureux, s’il pouvait mourir de la même mort de notre inspecteur. Son désir fut exaucé dix heures après.

- Jean Parent, acolyte Je trouvai Jean François, le maître d’école, qu’ils crurent d’avoir tué, tout couvert de blessures et de son sang, auquel par dérision on avait coupé les parties, que la pudeur ne permet pas de nommer, Dieu voulut le laisser vivre onze jours après son curé, et lui faire souffrir de douleurs inconcevables, qu’il endura avec une patience héroïque, priant toujours pour ses bourreaux. Nous le mîmes entre les mains d’un chirurgien. Il fut enterré dans le cimetière de la dite paroisse, n’ayant pas trouvé suffisamment de terre dans l’église.

- Michel, valet de l’abbé du Cheyla Le nommé Michel, valet de l’abbé du Cheyla, mourut le septième août, et fut enterré à Fraissinet, étant mort au Pont de Montvert, où il fut blessé pour n’avoir pas voulu quitter son maître. Il reçut tous les sacrements d’une manière fort exemplaire.

- Le sieur Roux Le sieur Roux, maître d’école, qui fut massacré dans la chapelle sur l’autel, dans le même temps que notre inspecteur fut martyrisé ; il fut enterré à Frutgeres avec le rentier de la maison où était logé M. l’abbé [9] .

- La Devèze Le 28 [10] , ces scélérats furent au château de La Devèze, paroisse de Molézon, où ils firent mourir messieurs de La Devèze et de Nougeirol [11] , frères , deux gentilshommes très sages et craignant Dieu. Ils firent ensuite sauter la cervelle à Melle Marthe [12] , leur sœur âgée d’environ 25 ans, la plus jeune de la famille, fille d’une grande vertu. Ces trois enfants furent égorgés en présence de leur mère [13] , qui les exhorta à la mort, qu’elle souffrit la dernière, avec une constance et une fermeté admirable, âgée d’environ 70ans…M. de la Grèze, oncle de ces messieurs, y fut encore tué avec un fils d’un des rentiers. J’avais souvent entendu en confession ces deux demoiselles [14] , dont la vie était si réglée, et toute la famille vivait si religieusement que, sortant de cette maison, j’étais dans l’admiration, et en même temps dans la confusion, voyant plus de vertu dans une maison de laïques, que celle de plusieurs prêtres. Presque tous les prêtres des paroisses écartées abandonnèrent leurs églises, jusqu’à ce que ce grand feu fut apaisé. J’ai cru devoir faire un petit récit fidèle de ces cruautés, afin que ceux qui les liront dans la suite, comprennent jusqu’où se peut porter la fureur des hérétiques, et combien ils sont dignes de compassion. Mingaud curé.
Les rapports des chirurgiens, et les procédures qui ont été faites, pourraient justifier de tous de tous les faits que j’ai avancés. Ce 8 août 1702, je ne doute pas que quelque prêtre zélé ne donne au public tout ce qui s’est passé.

- Le Collet de Dèze Le 27 août, le nommé Laporte [15] , de Branoux, ayant quitté la qualité de marchand de pourceaux, pour prendre celle de colonel de La Courtine, fut au Collet avec une centaine de ces bandits, où M. Ravayre, curé, trouva moyen de passer par une fausse porte, ils ravagèrent sa maison et la pillèrent.

- Molézon Quelque temps après, ils brûlèrent la maison presbytérale de Molézon ; M. Gely, curé, en étant absent, ravagèrent l’église, ne pouvant la brûler. Il est à remarquer qu’ils épargnèrent un beau tableau de l’Assomption de la Sainte Vierge, à laquelle cette église est dédiée, se contentant de briser le cadre, quoiqu’ils déchirassent avec rage et fureur tous les autres tableaux. Ce tableau avait été donné à cette église par l’illustre abbé du Cheyla, lorsqu’il en était prieur. Le lendemain ils brûlèrent trois églises du diocèse d’Alès.

- M. le prieur de St. Martin de Boubaux Le 28e août, ils arrivèrent à St. Martin de Boubaux, dirent à M. Gilles de La Pise, prieur dudit lieu, de leur ouvrir les portes. Ce qu’il fit, leur rendit quelques armes, les fit boire et manger, après quoi ils mirent le feu à l’église non voûtée, pillèrent sa maison et y mirent le feu ; ils dirent à ce bon prêtre qu’il devait rougir de honte de rester dans une église qui était la Babylone et la prostituée dont parle Saint Jean dans l’Apocalypse, qu’il croyait à la parole des hommes ; et dans le temps que ce bon vieillard, âgé d’environ 75 ans, leur dit avec fermeté, qu’il aimerait mieux mourir, que de préférer la parole des hommes à celle de Dieu, on lui tira trois coups de fusil à l’estomac, après lui avoir dit plusieurs fois de prier son Dieu. Il tomba raide mort, et ceux qui le levèrent ensuite, trouvèrent sous lui les balles qui l’avaient traversé. On lui donna encore quelques coups de poignards. Les parents de M. le prieur éteignirent le feu de la maison, où il y eut quelques papiers brûlés. La divine miséricorde qui éclate en certaines personnes, permit que ce prêtre qui s’était absenté pendant ces troubles, se contentant d’aller faire ses fonctions les dimanches et fêtes, eut deux garçons de sa paroisse qui y étant malades, ou plutôt se feignant de l’être pour l’obliger à rester, le prièrent de ne les quitter point ; la charité de ce bon pasteur le fit résister généreusement aux pressantes sollicitations d’un parent et bon ami, qu’il avait dans le lieu de St. Etienne, où il voulait l’obliger de revenir l’avant-veille de sa mort. Ce martyr de la charité avait offert le matin même le saint sacrifice de nos autels. Il s’était aussi offert lui même, et avait dit quelques jours auparavant, qu’il ne voulait pas manquer à son devoir, pour prolonger sa vie de quelques années. Cette fin glorieuse le justifie des crimes qu’on lui avait autrefois imposés [16] , ou s’il les avait commis, il a eu l’avantage de les expier d’une manière si efficace. Il fut enterré dans son église, revêtu des habits sacerdotaux.

- Lamelouze La même nuit on brûla l’église de St. Cécile de Lamelouze, non voûtée. On y brûla une maison du prieur, qui eut le temps de se cacher derrière une haie. On y prit le nommé Bastide, on lui reprocha d’avoir porté des lettres contre eux à M. l’Intendant, et après l’avoir conduit un grand quart de lieue, on l’égorgea au milieu d’un grand chemin. Nota : que le jour de Toussaint de l’année précédente 1701, on trouva un chien crucifié à une croix plantée au devant de l’église de ladite paroisse.

- 3 soldats Peu de temps après, ils tuèrent trois soldats dans la paroisse de Saint Paul, diocèse d’Alès, qui levaient des contributions. Ils manquèrent le prieur de cette paroisse, lui pillèrent sa maison et l’église, qu’ils ravagèrent comme les autres. Nota : cette maison fut ensuite brûlée.

- nota c’est un fait connu, que le consul de Ners, dont il est parlé par la suite, alla au devant des fanatiques, voyant qu’il ne pourrait pas se sauver. «je sais » leur dit-il « que vous me cherchez, me voici prêt à mourir pour ma religion ». On le presse d’y renoncer et résiste, quoiqu’on lui promit la vie. Il obtint le temps de prier Dieu, et d’offrir sa vie, après quoi il leur dit « tuez quand il vous plaira ».

Le curé quoique poignardé, voulant sortir à la nage de la rivière, où on l’avait jeté, se prit à la barque avec les mains, qu’on lui coupa à coup de sabre.

- Curé de Deaux Audit diocèse d’Alès, M. le vicaire de Deaux et le consul de Ners [17] , furent jetés dans une rivière, après avoir été poignardés [18] . C’était vers le 27e octobre, et la maison du sieur Gervais de Falguières [19] , fut brûlée. Nota, touchant ledit consul page six [20] .

- St. Frézal, St. Privat, St Hilaire Les églises de St. Frézal, de St. Privat, de St. Hilaire, y furent pareillement ravagées. Dans la dernière, il y avait un tabernacle d’environ 400 livres. La maison presbytérale de St. Privat fut brûlée, et la grange du prieur de St. Hilaire.

- St. Julien d’Arpaon, le sieur de Lapierre Vers le 18e octobre, on brûla la maison de M. le curé de St. Julien d’Arpaon et celle du sieur de Lapierre, notaire, après avoir emporté jusqu’aux serrures des portes. Le sieur de Lapierre, reçut en fuyant un coup de fusil qui lui emporta une partie de la mâchoire. Il ne mourut pourtant pas de cette blessure. Sieur Salomon Gardès, nouveau converti, aussi bien que ledit de Lapierre, jeune homme de 25 ans, y fut poignardé, parce qu’il avait été souvent avec l’illustre abbé du Cheyla, et servi de greffier aux subdélégués de M. l’Intendant, dans les procédures qu’on avait faites. L’église dudit St. Julien eut le même sort des autres.

- St. Laurent, Comandré La même nuit, ils furent à St. Laurent de Trèves, près de Florac, y brûlèrent la maison de M. Encontre, prieur dudit lieu, et l’église autant qu’il fut en leur pouvoir, et étendirent sur le grand chemin le nommé Comandré [21] , paroisse dudit St. Julien, après l’avoir poignardé ; nouveau converti qu’ils avaient pris dans sa maison. Ce bon homme, âgé d’environ 60 ans, avait resté cinq ou six ans dans le quartier de Droubies de cette paroisse, où il m’était d’un grand secours par les avis qu’il me donnait, et par ses exhortations aux plus opiniâtres ; et sans se diviser, ils furent au village de Nozières, paroisse dudit St. Laurent, y pillèrent quelques maisons et brûlèrent celle du sieur Dupuy, n’ayant pas pu le prendre lui même, que le voulant aussi tuer, parce qu’il paraissait bien converti, et bien intentionné pour la religion.

- Consul de Molézon, Pompidou Le 17e octobre, ils prirent le sieur de Malhérac, consul de Molézon, qu’ils poignardèrent voyant approcher les troupes du roi, et furent enlever la munition de guerre du corps de garde du Pompidou.

- St. Andéol de Clerguemort Le 27, on brûla l’église et la maison presbytérale de St. Andéol de Clerguemort, la maison d’un nommé Pascal, et l’on y tua le sieur Donzel, nouveau converti, après l’avoir tiré deux cents pas hors du lieu.

- St. Michel Le 10e novembre, la maison de M. Roux, fort belle fut brûlée avec son église, dédiée à S. Michel, qui était fort propre ; belle chaire, confessionnaux ; les ornements réfugiés chez la veuve de Francézon, furent aussi brûlés.

Pratlong, La Pélucarié Le 12e novembre 1702, la maison du nommé Pratlong, pensionnaire de La Pélucarié, paroisse de Notre Dame de Moissac [22] , fut brûlée avec ses effets ; trois filles dudit rentier, fort craignant Dieu, y reçurent la couronne de martyr ; l’une reçut un coup de fusil et fut ensuite assommée à coups d’une grosse barre ; on fit brûler l’autre dans un four, et la troisième fut brûlée avec les meubles de la maison ; on ne trouva que quelques ossements : le père et la mère fuirent à St. Etienne.

- Moissac La même nuit, les maisons de M. Moulet curé de Moissac, furent brûlées avec la porte de son église ; le bruit qu’on fit au château où ledit sieur curé était réfugié, en l’absence du seigneur, donna la fuite à ces bandits.

- Femme de Gély Le 29e novembre 1702, la femme de Gély du Mazel Rozade, paroisse de St. Germain, étant dans le travail de l’enfantement, fut poignardée par les nommés Couderc dudit lieu [23] , ses proches parents, et entièrement consumée dans l’incendie de sa maison ; on ne trouva que les entrailles et l’enfant au milieu. Un petit garçon de dix ans fut pareillement poignardé et brûlé, voulant se jeter sur sa mère, pour la mettre à couvert de la rage de ces malheureux Couderc, accompagnés d’une trentaine de bandits. L’aîné dudit Gely s’échappa après avoir été blessé ; on le poursuivit un quart de lieu ; le père se sauva par quelque fenêtre.

- Les Crémats Le 9e décembre 1702, ils pillèrent les maisons du sieur Castanet des Crémats, de cette paroisse, celles de Castanet de St. Martin de Boubaux, et de Maurel d’Espinassounel. Quelque temps auparavant, une bande passa par Droubies, et alla joindre la troupe, qui tua le sieur Vincent, capitaine, avec trois ou quatre soldats, qui étaient en quartier à Mandajors. Ils se battirent au dessus de Pereyret.

- Sérignac Le 23e novembre, ils avaient brûlé l’église de Sérignac, dans laquelle ils brûlèrent deux hommes qu’ils attachèrent ensemble, la maison curiale et celle d’un ancien catholique qui fut grièvement blessé. La même nuit, l’église de Bragassargues, avec les maisons de quatre anciens catholiques. Tout cela est proche de Quissac.

- Mialet Vers le 9e décembre, les églises de Mialet, avec trois hommes et trois maisons, celle de Peyrolles, avec la maison curiale, et le sieur Daudé, père du prieur, avec un valet, l’église de Générargues et celle de St. Sébastien, furent brûlées.

- St. Martin, St. Privat Le 15e, les maisons du sieur de la Rouvière, maire de St. Martin (de Lansuscle), celle du sieur Bastide, de ladite paroisse, furent brûlées. La maison du sieur Verdeilhan, notaire de St. Privat, eut le même sort. Cet homme y fut tué, et ensuite brûlé avec un de ses voisins boiteux, pour avoir découvert une assemblée. En même temps, trois exprès [24] que M. de Broglie, commandant dans la province, envoyait du côté de Vézénobres, furent tués.

- Sauve Vers le 10e janvier 1703, ils entrèrent dans Sauve en plein jour, où ils brûlèrent l’église, y tuèrent le curé, deux secondaires [25] , et un capucin, brûlèrent deux ou trois maisons, et tuèrent autres quatre ou cinq personnes.

- Poul Le 12e dudit, M. le comte de Broglie, commandant dans la province, les rencontra entre Lunel et Nîmes, assez près de Candiac, où ils avaient resté prés de vingt-quatre heures pour se rafraîchir. N’ayant pas assez de troupes, le colonel Poul y fut tué avec quinze de ses dragons, et M. Dourville blessé à la tête. Ce dernier est capitaine des dragons. On dit que ces bandits étaient 700 attroupés.

- St. Maurice Le 6e janvier 1703, ils brûlèrent l’église de St. Maurice de Ventalon, et la maison du prieur, le lendemain du départ des troupes.

- St. Martin de Lansuscle Le 16e janvier 1703, ils brûlèrent l’église de St. Martin de Lansuscle, la maison de M. le curé, et celle de M. du Campel, avocat de ladite paroisse.

- St. Jean Le 18 courant, insultèrent aux habitants de St. Jean de Gardonnenque [26] , et ne pouvant les obliger à sortir, ils brûlèrent le château de M. de Lavalette, et une maison du sieur Viala, à soixante pas du lieu, et tuèrent dans la même nuit quatre hommes des environs, et enlevèrent le consul de Mialet.

- Poulx Le même soir de la mort du sieur Poul [27] , colonel des dragons, ils allèrent à un village nommé Poulx, à une lieue de Nîmes, où ils brûlèrent dix ou douze maisons, et tuèrent quinze personnes. Ce village de cinquante maisons, est ancien catholique.

- Nota Le 19e, ils ôtèrent du côté de St. Roman, six cents écus à quelques marchands du Rouergue.

- Cendras Le 20e, ils brûlèrent l’abbaye de Cendras, quatorze maisons à la Blaquière, et tuèrent dix personnes. Cendras n’est qu’une vieille masure.

- St. Roman Ce même soir, ils brûlèrent la maison où le curé de Moissac s’était retiré, à St. Roman. Il vint se réfugier ici, étant sauté par une fenêtre, et deux compagnies n’ayant osé l’empêcher, abandonnèrent le poste le lendemain…Le même soir ils brûlèrent une maison à Saumane.

- Moissac Le 20, ils brûlèrent le château de la baronnie de Moissac.

- Gabriac Le 23, ils brûlèrent l’église et la maison du prieur de Gabriac, et le château de M. de Brissac. Le même jour, le château de Valescure près de Peyrolles. A noter que ledit château avait été rasé, il y a douze jours pour avoir retiré un prédicant nommé l’Allemand [28] .

- Ste Croix Le 24, les troupes du roi abandonnèrent le Pompidou et Ste Croix, pour se retirer à St. Etienne ou à Barre. Le même soir, après leur départ, les fanatiques ont brûlé l’église et maison claustrale de Ste Croix, le château dudit lieu, les maisons des sieurs Giscard, Pintard, et de la nommée Marie, proche du pont.

- Maletaverne La même nuit du 20, ils furent à Maletaverne, près de la Blaquière, y brûlèrent aussi quelques maisons et tuèrent douze personnes, huit de la même famille, une femme enceinte, et trois petits enfants dans le lit, les enveloppèrent dans la couverture et dans les draps, après quoi, ils mirent le feu au lit et à la maison. La même nuit, ils coupèrent les mamelles à une fille, les extrémités des mains et des pieds, lui tordirent et disloquèrent les bras, et la jetèrent dans une auge à cochons, après lui avoir brisé les mâchoires et arraché la langue, disant qu’elle avait mal parlé de leur conduite.

- St André Le 26, ils furent à St. André de Valborgne, où ils prêchèrent, et se rafraîchirent comme ils voulurent ; ils firent cela trois fois. L’église brûlée… [29]

- Génolhac Le 30e janvier 1703, ils brûlèrent le couvent des R.P. Jacobins, à Génolhac, la maison de M. le curé et celle du sieur de la Condamine ; et on y tua un officier des troupes, avec sa compagnie, qu’ils brûlèrent dans leur caserne. Quelques jours auparavant, ils prêchèrent et tinrent leurs assemblées aux églises de Ste Croix et de Moissac, comme ils avaient fait deux fois à St. André.

- St. Etienne Le 1er jour de février 1703, après avoir envoyé beaucoup de menaces aux habitants du bourg de St. Etienne, ils brûlèrent la maison que Jean Dumas de la Combe avait à Andajac, où le nommé Malard était rentier.

- Droubies Le six, ils couchèrent à Droubies, au nombre de 250, lièrent Jeanne Castanet, femme d’Antoine Chantagrel, rentier de l’Esclopier, et lui appuyèrent trois ou quatre fusils pour la tuer, parce qu’elle avait quelques images de Notre Seigneur, de la Ste Vierge, et qu’elle ne voulut pas promettre de ne plus venir à l’église. Dieu la conserva cependant, par les sollicitations de son mari.

- St. Félix Le 7, ils brûlèrent l’église de St. Félix, diocèse d’Alès, et autres dont je ne me souviens pas du nom, avec le château dudit lieu.

- Espinassous Le 8e jour, le lundi, ils arrivèrent à Espinassous au nombre de quatre ou cinq cents, y restèrent vingt quatre heures, tenant tout le Mazamalric et Serres, y mangèrent et burent sans tenir d’assemblée, emportèrent environ vingt salmées de châtaignes, du sieur Delon, fermier de la dîme, enlevèrent les chevaux de M. de Leyris, du sieur Soulier de St. Germain, et huit ou dix mulets de la paroisse ou d’ailleurs ; emmenèrent les trois garçons d’Huc du Passadou, dit Boujeron, celui de Jacques Metge, maçon, et autres ; ils lièrent Elie Bonnal, tisserand, du Mas de Travers, qu’ils égorgèrent sur la montagne de Vieilles Mortes, avec un sergent d’Anduze. Ledit Bonnal fréquentait les sacrements, et sa famille, depuis quatre ans, d’une manière exemplaire. Nota : Que les voisins dudit Bonnal, voyant des fanatiques attroupés, n’osèrent pas le porter à St. Etienne pour l’enterrer, mais ils l’ensevelirent à l’Espinassous.

- Vebron Le 10, ils brûlèrent l’église de Vebron et la maison curiale, y restèrent publiquement, et y tinrent des assemblées où toute la paroisse et voisinage assista.

- Meurtres Deux hommes avaient été pareillement égorgés du côté d’Anduze, quelques jours auparavant. Quatre muletiers furent tués du côté du Pompidou – dont l’église fut brûlée – des provisions de carême pour Mgr. de Mende [30] enlevées, quelques jours après les porteurs arrêtés. Un détachement fut défait du côté de Nîmes, ces fanatiques s’étant embusqués.

- Incendies Trois ou quatre villages furent incendiés tous proches de Nîmes, et à Chamborigaud quinze ou vingt maisons brûlées, et un grand nombre de gens de tous âges et de tous sexes égorgés.

- Cruautés Un grenadier malade, logé chez moi le 1 mars 1703, de Viviers, Sage, m’assura avoir vu une femme que les fanatiques avaient pendue à un arbre, après lui avoir fendu le ventre pour lui arracher l’enfant qu’ils jetèrent au feu.

- Génolhac Ils furent plusieurs fois à Génolhac, où ils exercèrent de grandes cruautés, les derniers jours de février 1703 ; il s’y était fait un gros [31] de gens ; les paroisses entières, sans excepter les vieillards, y étaient accourues en foule ; ils voulaient s’y fortifier, et y avaient cinquante chevaux ou mulets, pour y porter toutes les denrées du voisinage, le commerce étant entièrement rompu. M. de Julien, maréchal de camp, y allant d’un côté, et un détachement de 500 hommes de l’autre, pour les investir. Ces malheureux se dispersèrent pour quelques jours.

- St. Etienne Les 500 couchèrent à St. Etienne en pure perte, en venant, et ruinèrent la plupart des habitants.

- Droubies La même nuit que les troupes du roi étaient ici, les fanatiques furent à Droubies, où ils couchèrent tranquillement, et n’en partirent tambour battant qu’après avoir dîné. Quelques jours auparavant, la ville d’Anduze fut dans de grandes craintes ; les fanatiques brûlant un château tout proche.

- Fraissinet de Fourques Vers le 20e février 1703, tout Fraissinet de Fourques fut brûlé, beaucoup de femmes et enfants égorgés, les hommes se défendirent généreusement. Ils arrachèrent les enfants d’entre les bras des mères pour les égorger. Une mère, empoignant l’épée nue pour garantir son enfant, eut les quatre doigts coupés ; elle reprit la même épée de la main gauche, et reçut pareille blessure ; et n’ayant plus les mains libres, ce bourreau put percer l’enfant et le sein de la mère d’un seul coup. Il y eut environ cinquante personnes de tuées ou de blessées.

- Chamborigaud Le 15 mars 1703, il n’y avait que trois feux dans Génolhac, tout le reste ayant été dissipé. Dans le temps de la destruction de Génolhac, les fanatiques brûlèrent l’église et maison claustrale de Chamborigaud. Quelques jours après, ils brûlèrent, dans ce vallon, 14 maisons ; et y tuèrent 57 personnes, parmi lesquelles se trouva un enfant de trois jours, qui n’ayant pas reçu le baptême d’eau, reçu celui du sang ; on lui coupa le visage à coups de sabre, et l’étendit ensuite sur le sein de la mère morte ; ils égorgèrent ce même jour 7 muletiers, qu’ils étendirent au travers du chemin.

- St. Etienne Le 17e mars 1703, noble Jacques de Cabiron, âgé d’environ 22 ans, fils à M. de Solpérières [32] , fut tué par une troupe de fanatiques au pont de Salindres, entre St. Jean et Anduze, l’accusant d’un trop grand zèle pour la religion catholique [33] , dans laquelle il avait été élevé [34] pendant plusieurs années, dans le séminaire de l’illustre abbé du Cheyla ; ce jeune homme venait de Nîmes, où il s’était rendu avec le reste de la noblesse de ce pays, par ordre de M. le maréchal de Montrevel ; on lui arracha un œil, on lui fendit le crane, et lui tirèrent un coup de fusil au cœur ; on le laissa nu sur le chemin.

- Vézénobres Entre la Calmette et Alès, un détachement de Tournon fut attaqué par les bandits ; les habitants des villages voisins se joignirent à eux, et environ 30 soldats y périrent. Quelques jours après, idem, vers le 22 mars, une recrue allant vers St. Jean, fut encore battue, et une compagnie des grenadiers qui l’escortait ; ils pillèrent partout.

- Nota Ces prétendus prophètes annoncent , de la part de Dieu, que tous les biens étant à lui, il veut les donner à ses enfants, qu’ainsi ils peuvent prendre sans pêcher. Ils mènent une vie abominable, les filles couchant librement et sans honte avec les garçons qu’elles aiment ; cela est notoire. A l’Esclopier, une se mit au milieu de deux ; et à Saumane, deux filles se mirent avec quatre garçons, soutenant qu’ayant parlé à Dieu, il n’y a pas de mal.

- Ganges Les habitants de cette ville là, ne pouvant ou ne voulant pas résister, les fanatiques y entrèrent ; leur prêtre fut noyé en fuyant.

- Lunel Vers 18e mars, un prêtre allant voir M. de Montrevel, fut pris, conduit dans son église, où il fut brûlé. Dans le mois d’octobre 1702, M. le curé de St. Jean de Ceyrargues [35] , promoteur d’Uzès, fut poignardé par ses paroissiens, auxquels il s’était toujours confié.

- Vers le 15e avril 1703, deux anciens catholiques furent pris du côté de Cardet et massacrés. Ils avaient auparavant brûlé le château de M. de Montalet, du côté d’Alès, et plusieurs autres maisons au village.

- Le lundi 16 avril, une troupe d’environ 800 de ces rebelles, se mit en embuscade au village du Pradal, paroisse de Cassagnas, pour tirer dessus le régiment de Marcilly [36] , et un détachement de 250 hommes, commandé par M. de Pomponne. Nos troupes en tuèrent une vingtaine, et leur prirent 18 fusils.

- Le mercredi, 18e avril 1703, on tint une assemblée à las Visettes [37] , paroisse de Mialet ; un prétendu prophète tombant, dit qu’un de la troupe devait être tué ; le sort tomba sur Jean Chantagrel [38] de l’Esquinade ; on lui coupa la tête après l’avoir poignardé, en présence de Lucrèce, sa fille qu’il avait menée à l’assemblée.

- Les Salles du Gardon Le 23 avril 1703, Cavalier chef d’une grande troupe de rebelles, tomba dans le village des Salles du Gardon, du côté d’Alès, où il tua 18 personnes ; ce village ancien catholique, crut que c’était de nos troupes, les voyant arriver. Le même jour il en avait fait massacrer sept ou huit dans un autre lieu proche.

La nuit du 29 au 30 avril, ces malheureux furent rencontrés par nos troupes à Bagard [39] , dont ils avaient brûlé l’église ; 4 officiers blessés à mort, 9 soldats restèrent sur place, et environ 30 furent blessés. Il y resta de ces malheureux 411.

Environ le 24e mai 1703, le nommé Gervais de Falguières, paroisse de St. Jean de Gardonnenque, fut poignardé de 30 coups de dagues par les fanatiques, et le bâtier [40] dudit St. Jean, rencontré en chemin fut enlevé et tué, ce dernier était ancien catholique.

Depuis ce temps là, on a tué un très grand nombre de personnes, un l’exprès de M. de Montrevel, comme je n’ai pas bien su le détail. J’ai omis d’écrire, sur le chemin de Montpellier à Vauvert, on trouva quatre hommes égorgés. Ces fanatiques pendirent sur des arbres quatre enfants de l’hôpital de Nîmes, qui étaient allés cherchés du bois ; la semaine dernière, vingt moissonneurs furent brûlés dans une grange, par ces infâmes.

Le 2e juillet 1703, Couret, sergent exploitant, fut tué du côté d’Escoute Se Plau.

Le 5e dudit, la maison du sieur des Camboux [41] fut brûlée ; le 13e dudit, le sieur Mates d’Appens, fut encore massacré.

Vers le 15e juillet, ils brûlèrent six maisons au Collet de Dèzes.

Vers la fin du mois, le sergent du sieur de La Devèze, conduisait un détachement de 18 hommes, les camisards embusqués sur le chemin de Barre, vis à vis de Vergougnoux, en tuèrent 10.

Vers le 15e septembre, 60 soldats du régiment de La Fare, furent investis et égorgés près de Durfort, par une troupe de 800 camisards.

Vers le même temps, le nommé Peytaud [42] , un des huit envoyés par les Etats de Hollande, pour émouvoir une sédition générale, ayant été rompu à Alès, et le père et le frère de Cavalier pris, un village fort prés d’Alès, appelé Potelières fut brûlé ; il y eut 28 personnes de tuées, tous anciens catholiques.

Le lendemain, une métairie [43] du chapitre d’Uzès, vers le même endroit, fut brûlée, où il y eut 21 personnes de tuées, et Cavalier écrivit à M. de Montrevel, que s’il ne lui rendait son père, il viendrait le brûler dans le fort d’Alès.

Vers le 22, deux villages près de Sommières [44] , furent brûlés, et plus de 100 personnes, parmi lesquelles il y avait beaucoup d’enfants, furent passées au fil de l’épée.

Ils ont continué leurs meurtres, vols et incendies, dans les villages catholiques de la plaine, n’en trouvant plus dans ce pays [45] .

- Le Crémat Le 14e octobre 1703, Jean Baptiste Castanet, mon paroissien, âgé d’environ 20 ans, fut pris par ces fanatiques, et l’ayant gardé 8 jours sans pouvoir l’obliger à renoncer à la religion catholique, le massacrèrent.

- Nota [46] les mois de novembre et décembre 1703, les 32 paroisses des Cévennes furent brûlées.

- Espinassous 1704 Au commencement de février 1704, le valet de sieur Bonnal, ancien catholique de St. Chely du Gévaudan, fut tué par les camisards à Vieilles Mortes ; le mulet du sieur Bonnal, et l’âne du sieur Dupras, enlevés.

Le même mois, Cavalier força Lézan, y tua quelques personnes, enleva vingt vignerons aux portes de Nîmes, et en tua sept.

Le 22 dudit , plusieurs métairies furent brûlées aux environs d’Anduze.

- Nota Ledit jour, M. Vidal, prieur de Mialet, ci-devant curé de Florac, réfugié à Anduze, étant sorti à un jet de pierre, hors des portes de cette ville là, cinq cavaliers camisards traversèrent la rivière et vinrent fondre sur lui, lui tirèrent deux coups de pistolets, l’un à l’estomac, l’autre à l’épaule, et lui emportèrent partie du crane d’un coup de sabre.

Dans ledit mois de février, on enleva tous les vivres de la plaine, pour les fermer avec les gens dans les gros lieux où il y a des troupes, ne laissant qu’un berger dans les maisons.

- Nota Le 15e décembre 1703, M. le Maréchal Montrevel donna une ordonnance qui défend à tous les nouveaux convertis de s’établir, même d’aller dans les lieux brûlés, qui sont tous dans les Cévennes de Mende, excepté St. Etienne, St. Germain, Barre, Florac, et le bourg du Pont de Monvert. Ordonne de faire main-basse sur tous ceux qui y seront trouvés. En vertu de cette ordonnance, beaucoup de gens ont été tués, ne voulant pas obéir [47] , mais tenant toujours la campagne ; de ma paroisse, Jean de Lerond d’Espinassous, et Pascal [48] du Mas Amalric, furent tués. Michel [49] avec sa fille bossue, du Mas Bernard, et le fils de Gervais de Layris, furent passés par les armes, le 10 mars 1704.

- Nota Le 14e dudit, Luc Farelle du Camboux [50] , et ayant tenu les chemins environ deux mois avec ledit Gervais, Michel de Mas Bernard et autres, pour détrousser les paysans, eut la témérité d’attaquer seul un garçon pour lui ôter les culottes, le menaçant de le tuer avec un pistolet non chargé. L’attaqué se voyant pressé, tua ce jeune brigand. Il a été trouvé entre le Régal et le Mas Bernard, assommé à coups d’une grosse pierre ; le pistolet a été porté dans ce lieu.

La troupe de Cavalier continue ses désordres dans la plaine, y ayant au moins deux cents chevaux. Celle de Nicolas [51] vint brûler ce dit jour, 15e mars, les châteaux du Soulier, Richard, et Vimbouches, parce qu’il n’y trouva pas de vivres.

- Nota Qu’il y a environ vingt mille hommes de troupes du roi, actuellement dans la province, uniquement pour remédier à ces désordres, qui ont déjà commencé dans les Boutières du Vivarais, de la même manière que dans nos Cévennes.

Le 16e mars 1704, autre ordonnance qui oblige sans distinction, toutes sortes de personnes [52] , des paroisses brûlées, d’en retirer tous bestiaux et denrées, et lever les portes et fenêtres des maisons conservées.

Le 14e mars 1704, les troupes du roi tombèrent dans une embuscade du côté de St Césaire [53] , Cavalier ayant à dessein fait déserter tous les habitants dudit St. Césaire, y laissant beaucoup de butins ; les soldats burent beaucoup et se chargèrent de ce butin. En sortant, ils virent 30 paysans avec des perches sur le col, qu’ils poursuivirent jusqu’à ce qu’on fit une décharge si rude sur eux, qu’il en resta plus de 300 sur la place, parmi lesquels se trouva 19 officiers et 2 chevaliers de Malte. On prétend qu’il y avait plus de 200 cavaliers dans la troupe des rebelles, qui firent un grand carnage sur nos soldats.

- St. Germain de Calberte Vers le 27e avril 1704, un détachement de Labour, en quartier à St. Germain tomba en embuscade au delà du pont de Rousses, venant de St. André de Lancize. Les rebelles poursuivirent ces soldats à la coquière [54] du sieur Rosier, et s’en retournant, brûlèrent toutes les maisons qui restaient à Calberte ; six soldats y furent tués.

Le 13e mai 1704, le lundi de la Pentecôte, environ midi, M. de Corbeville [55] chevalier de St. Louis, lieutenant colonel du régiment de Tournon, venant d’accompagner à Alès ou à Anduze, son colonel avec environ, trois cent cinquante hommes, tomba dans une embuscade au plan de Fontmort, où il fut tué avec quatre capitaines et autant de lieutenants ; il n’en échappa que deux de ce détachement. M. Viala [56] de St. Jean, subdélégué de M. l’Intendant, et son fils, âgé d’environ 18 ans, y furent aussi tués ; le père fut poignardé dans un précipice de la paroisse de St. Martin de Lansuscle, au dessous de la tour Fontanille où il fut enterré. On poursuivit les soldats fuyards, et on en tua jusqu’au village de Malhausette.

- Nota Tant l’épouvante était grande, qu’un soldat resta dans le champ de bataille, couché tout nu, ayant quitté les habits [57] pour n’être pas aperçu ; depuis le mardi jusqu’au vendredi, qu’il reconnut un détachement de son régiment qui passa par cet endroit, il ne mangea ni ne but. Ils crut que ceux qui vinrent le lendemain enterrer les morts étaient des rebelles, et n’osa pas paraître. Il y eut environ quatre vingt hommes tués : et les chevaux, armes , bagages, habits ou argent des officiers ou du subdélégué, se portaient à dix ou douze mille francs.

- Nota La veille de cette action, M. le marquis de Lalande, lieutenant général, accompagné de M. le comte de Tournon, que son régiment avait escorté à Alès, eut une conférence avec Cavalier, fils d’un boulanger, âgé d’environ 25 ans, à St. Hilaire près d’Alès ; ces deux généraux y allèrent avec vingt dragons ; les rebelles étaient pour le moins trois cents, qui gardaient les hauteurs. Cavalier donna ses propositions par écrit, il y eut suspension d’armes jusqu’à la réponse de la Cour. M. de Lalande jeta cent louis d’or aux troupes dudit Cavalier ; il se rendit enfin, et eut un brevet de colonel. Très peu de rebelles le suivirent, les uns ont dit cent, les autres soixante. Rolland, châtreur de profession, de la paroisse de Mialet, auquel on offrait un autre brevet de colonel, n’ayant pas voulu se soumettre, fut tué vers un lieu appelé Castelnau ; dans la plaine, cinq de ses satellites pris, savoir : Ravanel [58] , Raspal, Grimal [59] et deux autres ; le premier [60] fut traîné sur la claie, à Nîmes, les cinq autres rompus vifs [61] . Cela arriva vers le 14e août 1704. Autres douze coquins à cheval furent pris dans la Vaunage, ou tués trois ou quatre jours après, ce qui a obligé plusieurs de ces malheureux de se soumettre avec leurs armes.

Le 22e août, notre garnison sortit, prit Marie Lafon, Jacques Dumas son fils, et Isaac Fabien son gendre, qui avaient pris les armes. M. l’Intendant a accordé grâce au dernier, à ma prière, les deux autres ont eu la tête cassée, le 23.

On continue tous les jours d’entendre parler des meurtres et assassins, que je ne marque plus, mon registre ne suffirait pas.

- Nota que le roi croyant que le châtiment des Cévennes de Mende servirait d’exemple aux autres, ordonna de les brûler. M. de Julien, maréchal de camp, commença l’expédition vers le 1 octobre 1703. A notre prière, la paroisse de St. Etienne fut la dernière, afin de pouvoir recueillir les châtaignes ; elle fut brûlée le 10 et le 12 de décembre 1703. On conserva le Pont de Montvert, Florac, Barre, St. Germain et St. Etienne ; tout ce qui se trouva à la campagne fut détruit. M. de Bâville m’accorda [62] environ cent maisons hors du bourg qu’on ne brûla point.

- Nota Le 20e septembre, M. de Fesquet, seigneur de St. André de Valborgne, se confiant sur la parole de la Rose [63] , chef des rebelles, sortit avec une charge de vivres pour faire manger une cinquantaine de camisards armés, qui feignaient de vouloir se rendre. La Rose l’assassina lui même et le dépouilla ensuite.

Pendant le mois de septembre 1704, tous les paysans de la campagne voyant que les troupes du roi, commandées par le marquis de Lalande, lieutenant général, faisaient main basse sur tout ce qu’elles trouvaient dans les 32 paroisses brûlées et condamnées, obligèrent les chefs des rebelles à rendre leurs armes, ce qu’ils achevèrent de faire vers le 12 octobre 1704.

- Nota Ils en ont retenues en quantité, niant en avoir davantage. Le 12 dudit, M. de Lalande écrivit qu’on accordait l’amnistie pour ce pays ; que chacun pouvait retourner chez soi, et y rétablir les maisons.

- Nota Que les rebelles n’acceptèrent le pardon qu’à certaines conditions : 1er De rester tranquilles, chacun dans sa maison. 2e Liberté pour tous ceux qui voudraient sortir du royaume, de vendre ou arrenter leurs biens avant de partir. 3e Que tous les déserteurs des troupes qui étaient parmi les rebelles seraient pardonnés. 4e Que le roi leur donnerait les tailles pour deux ans. 5e Que M. l’Intendant donnerait des ordonnances pour que les créanciers fussent obligés de se contenter d’un intérêt honnête, sans pouvoir exiger le capital. 6e M. l’Intendant a promis d’élargir tous les prisonniers capturés à cause de cette sédition, et de prier pour la liberté des galériens.

- Nota Les rebelles voulaient que non seulement, on ne les recherchât ni directement, ni indirectement, pour aucun exercice de la religion catholique, mais qu’il leur fut permis de s’assembler à la campagne, et que leurs prédicants pussent baptiser et marier comme ils avaient fait pendant le temps de la sédition. Les puissances ont été inébranlables, et ont protesté à ceux qui faisaient ces propositions, que s’ils s’avisaient de s’assembler quoique en très petit nombre, on les écraserait.

Nota 1705. Les affaires ont resté dans le même état jusqu’au mois d’avril, les officiers des quartiers faisant rendre quelques fusils, à force d’emprisonner ceux qu’on leur dénonçait. Il ne se fait que très peu d’assemblées et même sans éclat. Il y a eu des gens de chaque paroisse qui ont été entendre la messe là où elle se disait ; pendant cet intervalle on fomentait une sédition plus dangereuse que la première qui fut découverte par Messieurs de Bâville et de Barnier [64] , à la vie desquels on en voulait. Quatre hommes armés furent surpris dans une maison de Montpellier le 18 avril 1705 ; l’un desquels ayant blessé le prévôt des archers, fut tué sur le champ, deux dangereusement blessés, le quatrième genevois de nation, demanda la vie, ayant des choses de conséquence à communiquer à M. l’Intendant. Il lui dit qu’ils étaient venus pour soulever le peuple, et qu’il y en avait un très grand nombre qui avait promis de se ranger de leur parti, surtout de Nîmes, Uzès, Alès, Anduze et Montpellier ; qu’on trouverait Ravanel, chef d’une troupe qui ne s’était jamais voulu rendre, à Nîmes, chez le sieur Alizon marchand, avec Catinat qui, après être sorti du royaume par permission, y était rentré avec quelques autres. Ces deux scélérats trahis par le genevois, furent pris et brûlés vifs ; mourant enragés, ils se mordaient l’un l’autre, un vent ayant porté les flammes, ce qui fut cause que leur tourment fut plus long [65] . Plusieurs citoyens de Nîmes eurent le même sort de ce marchand qui fut rompu vif et sa maison rasée. Il avait quantités d’habits tous faits, et on trouva chez un meunier 80 fusils, un baril de poudre et des balles à proportion.

Le mois de mars 1706, Salomon Couderc, de Vieljouves, paroisse de St. André, rentrant dans le royaume avec des projets d’une seconde sédition [66] , fut pris du côté de Valence et amené à Montpellier où il fut brûlé vif, pour expier une partie des crimes qu’il avait commis, ou fait commettre par ses prétendues révélations ; deux de ses compagnons furent pendus.

Vers la fin de mars 1706 La Fleur [67] , continuant à rouler dans les Cévennes avec six bandits de sa cotte [68] , tuèrent trois hommes dans leurs maisons, lesquels ayant été rebelles, tachaient présentement de faire prendre ceux qui les avaient engagés dans le parti.

Ledit La Fleur, accompagné de trois autres, assassina vers le 5 juin 1706, le sieur Lapierre, notaire de St. Julien.

Le 12 mai 1706, il parut sur les neuf heures du matin, une éclipse totale de soleil, qui dura environ un quart d’heure, ce même jour ou le lendemain, le roi d’Espagne leva le siège de devant Barcelone, toute la Catalogne étant révoltée contre lui.

Le 9 juillet 1706, M. Gauthier, prêtre et prieur de Peyrolles, revenant de sa paroisse à St. Jean, fut cruellement massacré par trois fanatiques vagabonds, au même lieu où son prédécesseur avait été tué par le nommé Vivens [69] , depuis 16 ans.

Le 24 août 1706, M. Temple [70] prieur de Quissac, près de St. Hippolyte, ayant resté réfugié dans ladite ville pendant ces désordres, et voulant aller faire le service dans sa paroisse où il y avait une garnison, fut attendu en chemin par douze bandits armés, qui lui tirèrent sept coups de fusil, lui coupèrent la tête, et lui roulèrent une grosse pierre sur l’estomac, sans toucher à deux valets, ni à deux charges de hardes qu’il faisait emporter.

Le mois de décembre 1706, le nommé l’Abeille, compagnon de La Fleur, fut tué du côté de Saumane par un capitaine des mignons [71]  ; le lendemain, ledit La Fleur, accompagné d’autres trois, assassina cinq personnes dans leur maison, parmi lesquelles se trouva le nommé Rouvière de Trabassac, paroisse de Molézon , étant accusé d’avoir trahi l’Abeille.

Le 24, La Fleur du Mazel Rozade, paroisse de St. Germain, fut pris, et le 28 dudit décembre rompu vif à Montpellier. Quelque temps après, l’aîné dudit La Fleur, dit l’Anglais, fut rompu, étant rentré après le fanatisme ; il fut pris du côté de Saumane, voulant assassiner un homme dans sa maison  ; c’était vers le mois de juillet 1707 [72] .

Le mois de juin 1709, les huguenots de Boutières se révoltèrent, au nombre d’environ 200 armés. On les attaqua trois fois. La première, les Suisses ne voulurent point tirer sur eux ; il y eut quatre officiers tués et quelques soldats, et plusieurs blessés. La deuxième, ces rebelles attaquèrent 700 de nos troupes ; ils furent dispersés à la vérité après s’être battus comme des enragés ; on en tua 60 sur place, 15 furent pris et pendus. La troisième, on acheva ; M. le duc de Roquelaure et M. de Bâville restèrent sur les lieux jusque vers le vingt quatre juillet de ladite année, que tout fut pacifié. Presque tous les habitants de Vals s’étaient révoltés ; on y fit raser sept ou huit maisons.

Vers le mois de juillet 1710, Claris, qui était le seul prédicant fanatique qui roulait dans le Languedoc, fut pris à Uzès [73] .

Vers le mois d’octobre 1710, Jouany, dit Nicolas [74] , s’évada de la citadelle de Montpellier, où il avait resté trois ou quatre ans. Il se soumit dans peu de jours ; on le mit garde-sel à Agde avec 200 livres de pension, et alors on n’entendit plus parler d’aucun coureur. Quelques mois après, il revint dans le pays contre les ordres des puissances ; on le prit, et voulant se sauver, il fut tué par un mignon, au pont de Rastel, près de Chamborigaud.

Second Fléau du diocèse de Mende

Le mois d’avril 1721, la peste attaqua la Canourgue, où elle fit un grand ravage, ensuite Marvejols, St. Léger, plusieurs paroisses du haut Gévaudan, et Mende fut pareillement attaquée le 10e septembre 1721.

On forma une ligne, le long de la rivière du Tarn, vers le commencement de septembre ou fin août de la même année. On tira les troupes des Cévennes et on forma une autre ligne, prés d’Anduze. Depuis ce temps là, il y a une fourmilière de prédicants, qui tiennent leurs assemblées en plein jour, presque toutes les églises de la campagne sont désertes, celle de St. Etienne a encore environ 360 nouveaux convertis qui ont communié à la Pâques dernière 1722. Le village de Cabanemagre ne paraît plus à l’église. La plupart de l’Espinassous en font de même, aussi bien que ceux de Serres, quelques trentaines de personnes de ce bourg ont discontinué de venir à l’église et par [75] conséquent vont aux assemblées. Deus misere altuis. Notre Mende est encore en quarantaine ce 31 mai 1722.

Le 15 janvier 1723, toutes les lignes ont été levées, la liberté qu’on avait avant la peste, a été donnée à tout le Royaume. Benedictus Deus.

Le 14e mai 1724, Louis XV a donné une nouvelle Déclaration [76] , qui non seulement renouvelle celle de Louis XIV, mais encore ajoute quelques articles très forts. Le mois d’août, elle a été enregistrée dans le greffe du bâillage de St. Etienne, comme elle l’avait été dans toutes les autres cours du Royaume. Sans autre publication, ni sans aucune exécution, ce qui a rendu nos hérétiques plus insolents et plus hardis à continuer leurs assemblées.

Ceux qui gouvernent sont plus clairvoyants que nous. Dieu a indiqué le temps auquel il doit éteindre cette hérésie [77] .

Fin du Journal du Curé Mingaud



1 L’ouvrage de Burdin, comporte une longue généalogie de l’abbé, qui veut montrer l’ancienneté de la noblesse de sa famille. L’origine de cette noblesse, ne tient cependant qu’à une quittance du 2 janvier 1555, faite à un certain Jacques Langlade. Le père de l’abbé, Balthazar de Langlade, est évidemment mentionné dans cette généalogie, mais l’auteur passe sous silence ses exploits les plus mémorables. Balthazar, après s’être enrichi par d’innombrables violences et exactions commises dans la Margeride, s’y être fait construire un vaste château, est en 1667 décrété de prise de corps par la justice du roi, il va rester introuvable même aux huissiers qui en 1672 se présentent au château, où ils sont retenus par le futur abbé. Un arrêt du parlement le condamne pourtant en 1681 à la décapitation, mais Balthazar finira par mourir dans son château  (d’après Le Règne de Louis XIV d’Olivier Chaline, Flammarion, page 498) ;

2 Pierre SEGUIER dit Esprit, de son métier cardeur, et non voiturier comme dans la version Burdin. Exécuté le 12/8/1702.

3 Huguenotisme : vocable rare, sans doute choisi par l’abbé Mingaud, pour la rime avec fanatisme.

4 Cette langue vulgaire étant bien entendu le languedocien.

5conversion : du verbe converser, s’entretenir, fréquent au 18e siècle.

6en dépit des apparences, ce passage n’est pas un extrait du Tartuffe de Molière.

7 l’abbé du Cheyla martyr ou bourreau ? Les portraits du personnage sont si dissemblables, qu’il n’est guère facile d’en retenir une opinion objective. Sur le sujet, outre l’ouvrage reconnu de Robert Poujol, on peut mentionner l’apport peu connu d’ Eugène Sue, dans son roman historique, Jean Cavalier, qui fait de l’abbé du Cheyla un portrait psychologiquement convaincant, même s’il est peut-être entaché de quelques erreurs factuelles.

8Frutgères, devenu de nos jours Le Pont de Montvert.

[9] La version Burdin, comporte la parenthèse qui suit, absente de l’original : (le rentier fut aussi martyrisé).

[10] Le 28, juillet 1702

[11] Pierre d’Arnal, sieur de la Cam, seigneur de La Devèze et son frère François de Nougeirol.

[12] Melle Marthe, Thérèse d’Arnal.

[13] Leur mère, Louise de Parlier, mère des trois précédents.

[14] Ces deux demoiselles, Louise de Parlier et sa fille Thérèse.

[15] Laporte Gédéon, né à St. Paul de la Coste, résidant à Branoux, tué le 22/10/1702.

[16] Imposés = attribués, selon le vocabulaire du 18e siècle. Gilles de La Pise avait, en 1662, aidé par son frère religieux au prieuré du Vigan, enlevé une jeune fille et condamné pour cela à être pendu (P. ROLLAND Chronique des luttes religieuses en hautes Cévennes page 31 (Presses du Languedoc 2002)

[17] Ners, au lieu de Nevers, dans la version Burdin.

[181] Il s’agit de Pierre Martel, curé de Deaux, et de Guillaume Beschard, 1er consul de Ners, tués le 3 novembre 1702 dont les corps furent jetés dans le Gardon, près du bac de Ners.

[19] Sans doute Jacques Gervais, de Falguières, mais dont la maison n’aurait été brûlée qu’en novembre 1703.

[20] Voir ce renvoi du curé Mingaud, en fin de page 6 (la pagination du curé Mingaud étant évidemment différente).

[21] Comandré, aurait été un espion ou indicateur du curé Mingaud (selon Henry Bosc).

[22] Notre Dame de Moissac, de nos jours Moissac vallée française.

[23] Sans doute Jacques et David Couderc, chefs camisards originaires de Mazel Rozade.

[24] Exprès = messager chargé d’une mission particulière.

[25] Secondaires, ou vicaires, selon une note de la version Burdin.

[26] St. Jean de Gardonnenque, de nos jours St. Jean du Gard.

[27] Le même soir…, soit le 12 janvier 1703.

[28] Annibal Gaillard, ou Gailhard, chef camisard de Cabriac, dit l’Allemand, rompu vif le 30/4/1705.
-Ce passage en italique, ne figure pas dans la version Burdin, car il avait été rayé sur le manuscrit du curé Mingaud. Il a paru bon de le reprendre ici.
- Le terme retiré, est utilisé dans le sens d’abrité

[29] Le manuscrit déchiré ne permet plus la lecture de la suite de cette phrase commencée.

[30] Il s’agit de l’évêque de Mende (entre 1677 et 1707), François Placide de Baudry de Piancourt.

[31] Un gros de gens, une troupe nombreuse, selon le vocabulaire du 18e siècle.

[32] Le père de Jacques de Cabiron était, Jean de Cabiron de Solpérières, seigneur de St. Etienne, capitaine aux milices du Gévaudan, et nouveau converti comme toute sa famille.

[33] Le grief adressé au fils, concernait davantage son père nommé ci-dessus.

[34] Jacques de Cabiron , fut toutefois présenté au baptême en mai 1679, par le pasteur de Lacoste de St. Etienne.

[35] Chamoux, prieur de St. Jean de Ceyragues (St. Jean de Sais dans le texte Mingaud) et promoteur de l’évêque d’Uzès.

[36] Louis des Champs, marquis de Marcilly, colonel de cavalerie des troupes du roi.

[37] Probablement las Vizettes del Peyreret, où une assemblée avait été surprise en juin 1687.

[38] Jean Chantagrel, prophète originaire de l’Esquinade, qui aurait été tué dans une assemblée.

[39] Au cours du siège de la Tour du Billot, paroisse de Bagard, une troupe de camisards réunissait les deux chefs Cavalier et Salomon Couderc. Le nombre des victimes annoncé par Mingaud est conforme aux estimations des historiens contemporains.

[40] Bâtier : autrefois sellier pour l’équipement des bêtes de somme.

[41] Sieur des Camboux, Jacques Teule des Camboux, maire de St. Etienne vallée française.

[42] Jean Peytaud, natif de Boucoiran, officier au régiment de Mirmand, roué en septembre 1703.

[43] La métairie de Valsauve

[44] Saturargues et St-Sériès

[45] Ce pays, il s’agit des Cévennes, comme l’indiquait une parenthèse dans la version Burdin.

[46] Ce nota a été rajouté dans son texte par le curé Mingaud, en séparant les années 1703 et 1704, et sans autre commentaire justificatif ou critique, du « brûlement » des Cévennes. Ce n’était pourtant pas une mince opération, puisqu’elle concernait les ¾ de l’archiprêtré des Cévennes, qui comprenait au total, selon le livre de capitation, 42 paroisses habitées de 13540 personnes, non compris les pauvres exemptés de cet impôt.

[47] Ne voulant pas obéir, ou peut-être, n’ayant pas d’autre logis et moyens de subsistance possibles.

[48] Lerond et Pascal, au lieu de Delairan, et Pellet dans la version Burdin, mais un doute subsiste, car le déchiffrage du texte est délicat. Les deux nouveaux patronymes proposés étaient d’usage courant à St. Etienne.

[49] Le curé Mingaud a écrit «  Michelle », mais il s’agit sans doute du même Michel du Mas Bernard, dont il est question trois lignes plus loin.

[50] Camboux, mas ou hameau de la paroisse de St. Etienne.

[51] Nicolas dit Joiny

[52] Toutes sortes de personnes, l’ordonnance concerne aussi bien les protestants supposés, que nouveaux convertis, ou anciens catholiques.

[53] St-Cézaire-de-Gauzignan (il s'agit en fait de la victoire de Cavalier au Devois de Martignargues)

[54] Pour calquière, fosse remplie de chaux où l'on mettait les peaux à tanner. Les calquières étaient situées en dehors des villes et des village car elles dégageaient une forte odeur !

[55] M. de Corbeville, comte de Tournon et lieutenant colonel.

[56] Viala Paul, subdélégué de M. de Bâville, avocat à St. Jean du Gard, procureur de la viguerie de Sommières.

[57] Ayant quitté ses habits, on peut aussi imaginer que ses habits lui ont été enlevés par les camisards.

[58] Erreur, Ravanel ne sera pris et brûlé qu'en 1705 comme on le verra plus loin.

[59] Grimal, le nom a été rayé par le curé Mingaud, mais il faut le conserver pour la compréhension de la suite.

[60] Le premier, il s’agit du corps de Rolland traîné sur une claie, après sa condamnation posthume.

[61] Rompus vifs, le curé Mingaud se trompe ici, les cinq chefs roués vifs le 16 août 1704, sont Raspal, Malhier, Grimal, Coutereau et Guérin. Ravanel ne faisait pas partie du groupe .Il va participer plus tard à la conjuration des enfants de Dieu, est arrêté et brûlé vif le 21 avril 1705 à Nîmes, en même temps que Catinat (voir plus loin dans le journal du curé Mingaud).

[62] Après le 14 décembre 1703, date de clôture des opérations de brûlement des Cévennes, plusieurs maisons de la paroisse de St. Etienne qui avaient été épargnées, furent en répression, brûlées par les camisards dans la nuit du 18 au 19 décembre. Il s’agissait des propriétés de Pierre de Pierredon, capitaine de la garnison de St Etienne, qui avait obtenu ce privilège, en raison des services qu’il avait rendus. Il est assez probable, que les exemptions accordées au curé Mingaud, récompensaient de la même manière des citoyens bien disposés envers le pouvoir et la religion. A la veille de l’opération et en dépit des ordonnances royales, nombre des personnes concernées n’avaient pas encore abandonné le bourg de St. Etienne, et le curé Mingaud leur adressa le 10 décembre la lettre reproduite ici (d’après H Bosc) :

« Travaillez incessamment à emporter tout ce que vous avez dans vos maisons, découvrez les de telle sorte que ne restent que « les quatre murailles, ôtant même les chevrons et les poutres ; détruisez aussi vos fours et vos moulins sans attendre que « les troupes le fassent. Si le roi vous permet de rentrer dans vos biens, vous rétablirez bien plus facilement vos maisons, « ayant tous les matériaux et ferrements des portes et des fenêtres, au lieu que le feu ne laisse rien où il passe. Je vous exhorte « de tout mon cœur de n’entreprendre pas de vous réfugier dans les maisons conservées ou dans les cavernes, on vous y « tuerait infailliblement, c’est l’ordre du roi, mais faites en sorte de vous établir en quelque lieu où vous puissiez vivre, ou « obéissez en vous rendant dans les lieux que M. l’Intendant vous nommera, l’on vous y donnera de quoi subsister à votre « aise. Je serai toujours disposé à vous rendre tous les services qui dépendent de moi et conserverai pour vous des entrailles de « père. Je déplore votre malheur mes très chers enfants. «

Cette missive est un peu surprenante, elle est si tardive – le brûlement a commencé le 10 décembre - qu’elle laissait peu ou pas de temps aux destinataires, pour la recevoir, la lire et appliquer les instructions longues à mettre en œuvre qu’elle contenait ; comment a-t-elle été reproduite, diffusée et publiée ? S’est-on contenté d’un affichage dans l’église de St. Etienne ? Il faut ajoute, que nombre des ses destinataires, étaient probablement illettrés. On ne peut exclure, que ces touchantes paroles publiques de compassion, n’aient été finalement destinées, qu’à tenter de se disculper vis à vis de la postérité, d’une responsabilité morale envers une opération que le curé Mingaud aurait du condamner avec vigueur (comme le fait par exemple la sœur de Mérez, dans son journal - voir l’ouvrage de H.Bosc).

[63] La Rose, de son vrai nom Thomas Valmalle.

[64] M. de Barnier, lieutenant de prévôté.

[65] Ravanel et Catinat furent attachés au même poteau, Ravanel subit le supplice sans se plaindre, mais Catinat dont la mort fut plus lente, hurla et dans ses tourments mordit Ravanel à l’épaule.

[66] Sédition, le mot oublié par Mingaud, a été rajouté dans la version Burdin.

[67] Couderc Jacques dit La Fleur ou Fleurette, de Mazelrosade.

[68] Pour coterie : groupe, clique.

[69] Vivens ou Vivent, prédicant tué le 19/2/1692.

[70] Temple Antoine, curé de Camboux, église incendiée le 4/4/1703.

[71] Mignons était le surnom des Miquelets, redoutables fantassins équipés très légèrement venant de Catalogne.

[72] David Couderc, dit l’Anglais (frère aîné de Jacques Couderc ou La Fleur), condamné le 26 septembre 1707 aux galères à vie, et non rompu comme l’écrit l’abbé Mingaud (source Pierre Rolland).

[73] Pierre Claris ou Clary, de Quissac, chef camisard et prophète, roué vif le 25/10/1710.

[74] Jean Nicolas, dit Jouany, de Génolhac, abattu le 11 mai 1711, alors qu’il tentait de s’enfuir.

[75] Les passages soulignés l’ont été par le curé Mingaud.

[76] L’évêque de Nantes est en 1724 à l’origine, de la « Grande Déclaration » qui organisait de nouvelles mesures de persécutions des protestants, et provoqua dans certaines régions une reprise de l’émigration.

[77] Ce texte est intéressant à plusieurs titres :

- on constate d’abord, que plus de dix années après la fin de la révolte des camisards, le protestantisme est en pleine renaissance dans les Cévennes, au grand désespoir du curé Mingaud.

- au dire du curé, les autorités locales qui redoutent sans doute une reprise des révoltes, ne semblent pas trop pressées de s’opposer à cette renaissance, en appliquant les sévères mesures édictées par la nouvelle Déclaration.

- de ce point, de vue la Guerre des Cévennes aura servi la cause du protestantisme en France.