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Relation de quelques entreprises des fanatiques
dans les Sévennes.

Archives Nationales. TT3 240 dossier II, folios 81 à 83

Cette relation, à notre connaissance inédite, fait partie du lot de correspondances avec l’évêque d’Uzès que nous avons vu avec le récit de la mort de l’abbé du Chaila, et présente l’intérêt de raconter les débuts de la guerre dans la région de Branoux, Laval, et le Collet-de-Dèze, pour laquelle nous n’avons pas beaucoup de témoignages. On notera en particulier le récit de la première bataille de la guerre des camisards, la bataille de Champdomergue.

Après les meurtres et assassinats de mr l'abbé de Cheyla, de quelques curés, de la famille de mr de la Devèze, de mr de St Côme et de quelques autres, plusieurs prêtres curés au nombre de 120 environ ont quitté leurs paroisses et se sont retirés en la ville d'Alès dont quelques-uns du diocèse d'Uzès. Pour prévenir une désertion plus grande dans le diocèse d'Uzès, mr l'Evêque a indiqué sa visite dans les doyennés les plus voisins des lieux où ces meurtres ont été commis pour animer par sa présence les curés de son diocèse. Ces doyennés sont ceux de St Ambroix, de Sénéchas et de Gravières, aux doyens desquels led sr Eveque a indiqué sa visite par ses lettres du 28e août dernier.

Le 31e dudit mois les fanatiques au nombre de douze environ entourèrent la maison claustrale du sr Gibelin prieur curé de Blannaves du doyenné de Sénéchas, brisèrent les portes du presbytère et le cherchèrent jusque dans la cuve et les tonneaux de la cave, mais inutilement, s'étant retiré à Alès sur les avis qui lui avaient été donnés.

La nuit du 3 au 4 ces scélérats au nombre de 40 environ bien armés furent chez le sieur Faucher prieur-curé de St-Just qui était absent, enfoncèrent la porte et la percèrent de plusieurs coups, traitèrent très mal le valet, prirent 4 fusils, brisèrent les tableaux et images qui étaient dans la chambre et dirent à ce valet qu'ils sauraient bien une autre fois le trouver, ils prirent dans ce lieu six armes à feu et quelques bayonnettes.

Ces mêmes scélérats furent la même nuit à Esplan, maltraitèrent les soldats de bourgeoisie et prirent leurs armes.

Mr le chevalier d'Aiguines gouverneur d'Alès envoya un exprès aud sr Evêque qui faisait sa visite au doyenné de St Ambroix, pour lui donner avis de ne pas monter dans les Cévennes, sur ce que le nombre de ces misérables augmentait, mais comme son retour avait eu un mauvais effet à l'égard des curés qui avaient été convoqués, il crut ne devoir pas changer les ordres qu'il avait donné.

La nuit du 4 au 5 ces scélérats au nombre de 40 environ furent au mas d'Aubenas de la paroisse de Laval, ils entourèrent la maison du nommé Reboul le plus considérable dud lieu, le prirent, lui donnèrent des coups de baton et de bayonnettes, et le laissèrent comme mort, le vicaire et secondaire de lad paroisse de Laval lui donnèrent ensuite l'extrême onction.

De là ils furent au lieu de la Favède de la même paroisse de Laval, une partie de ces scélérats entourèrent les maisons de quelques anciens catholiques qui s'étaient évadés, et les autres s'assemblèrent devant la maison du principal habitant où ils prêchèrent en fanatiques avec leurs postures ordinaires. Comme cette maison était hors d'insulte, ils ne purent y entrer, et dans la crainte du feu le maître leur rendit les armes par la fenêtre, la plus part des autres anciens catholiques s'étaient retirés, ils enlevèrent de ces lieux 12 à 15 armes à feu.

Le 8e dudit mois Jean Paradis habitant de St Frezal de Ventalon diocèze de Mende vint trouver led sr Eveque d'Uzès à Génolhac pour lui donner avis que sur les huit heures du matin 25 de ces fanatiques s'étaient adressés aux consuls, qu'ils les avaient maltraités, qu'ils avaient cherché le sr Gausse curé après avoir enfoncé la porte de la maison presbytérale, qu'ils étaient entrés dans l'église où ils avaient rompu le tabernacle, renversé les stes huiles, le valet du curé ayant été témoin de toutes ces circonstances. Ils ont pris dans ce lieu 10 à 12 armes à feu.

Ledit sieur Gausse curé et le sr Hours secondaire de ladite paroisse de St Frezal sont arrivés à Genolhac fort alarmés qui ont confirmé les circonstances ci-dessus.

Le 9 à 7 heures du matin est arrivé audit Genolhac le curé du Coulet diocèse de Mende, lequel a rapporté que la nuit ces scélérats attroupés étaient venus audit lieu, ou le sieur de Cabrières gentilhomme capitaine de bourgeoisie est en quartier, et d'où il était sorti sur un faux avis que ces scélérats lui avaient fait donner d'une assemblée, ils entrèrent dans l'église qui était autrefois le temple, ils y chantèrent en fanatiques et prirent le calice, de là ils furent chez mr le sieur de Cabrières auquel ils prirent quelques hardes et munitions de guerre, ils furent au corps de garde pour y enlever les armes, mais on y avait donné ordre.

Le sr de Cabrière ayant été averti que m Poul capitaine arrivait avec un détachement dans le même temps se joignit à lui avec quelques autres troupes du fort d'Alès, ce qui composa un petit corps de 70 hommes environ bien conditionné.

Ces scélérats fanatiques étant de retour du Coulet s'assemblèrent sur la hauteur de Champdoumergue diocèse de Mende environ les huit heures du matin dudit jour 9e où ils furent aperçus par les notres lesquels marchèrent droit à eux. Les fanatiques firent ferme et chantèrent des psaumes et ensuite ils avancèrent ainsi que les notres avec un air de bravoure. Ils firent leur décharge en bon ordre, mais après ils fuirent et suivis par nos troupes autant que la force le leur pouvait permettre ayant marché toute la nuit et n'ayant pris aucun aliment.

Il y a eu 25 de ces misérables tués sur la place, 3 ou 4 de pris dans les poches desquels on a trouvé les pièces d'un calice. De notre part le beau-frère de mr Poul a été blessé au bras, mr du Gibertin n. c. fort zélé blessé à mort, un lieutenant du fort d'Alès blessé et 4 ou 5 soldats blessés.

Le 20e est arrivé à Genolhac le sr Pagès prêtre prieur de St Hilaire diocèse de Mende lequel a dit savoir par des personnes de probité que ces scélérats s'étaient plaint que led sr Eveque fut dans le voisinage à y faire sa visite et qu'ils l'empêcheraient bien de la continuer.

Ledit sr Prieur a rapporté que led sr Poul avait eu avis qu'à 9 heures du matin ces misérables s'étaient ralliés au nombre de 300 environ au même camp et sur la hauteur de Champdomergue, quelques uns croient que c'est pour retirer et enterrer les corps morts pour qu'ils ne puissent pas être reconnus.

Mais mr de Broglie et mr de Baville informés de ces circonstances ont donné les ordres necessaires pour exterminer cette canaille de fanatiques, et on apprend que 5 compagnies de la marine ou autres troupes y arrivent incessament.